Quand la fin des disques PlayStation croise la taxe au Go : Bienvenue au Concours Lépine de la connerie numérique
Quand la fin des disques PlayStation croise une idée de taxe au Go : Bienvenue au Concours Lépine de la connerie numérique
Tout est parti d'un tweet du journaliste Raphaël Grably du premier juillet en début d'après-midi. Une capture d'écran tirée d'un programme politique (que vous pouvez reluquer qui balance l'idée du siècle : instaurer une taxe de 0,10 € par gigaoctet pour « financer l'infrastructure ».
Le timing ? Absolument légendaire. L'annonce tombe pile au moment où Sony lâche sa bombe sur la fin définitive des disques physiques pour PlayStation. Il n'en fallait pas plus pour que la toile, toujours prompte à l'amalgame, s'enflamme : « Au secours, PlayStation (PS) va nous faire payer un compteur de taxi sur nos téléchargements ! »
Une hallucination collective savoureuse. Sauf que le "PS" en question, ce n'est pas la console japonaise, c'est le Parti Socialiste français. Et quand on lit les détails du communiqué intégral, on passe du rire aux larmes de sang.
Le grand retour de la « taxation à la con »
Face à ce grand délire fiscal, la meilleure réponse est venue d'Alexandre Archambault. Le nom vous dit quelque chose ? Normal, le monsieur a passé près de 15 ans à gérer les affaires réglementaires chez Iliad/Free aux côtés de Xavier Niel, avant de devenir avocat spécialisé dans le droit du numérique. Autant dire que le réseau, il connaît. Sa réaction sur Twitter ? Rectiligne, sans bavure :
« Et c'est reparti pour le concours Lépine de la taxation à la con. Petit rappel, le marché fonctionne plutôt bien, et la moitié du trafic entrant fait déjà l'objet d'une rémunération. »
Rideau. Tout est dit. Dans le monde réel de la tech, les gros poissons (Netflix, Google, Amazon) paient déjà ce qu'on appelle du peering payant ou du transit pour acheminer leurs données chez les opérateurs. Mais apparemment, dans les bureaux politiques, on préfère réinventer l'eau tiède avec un compteur à gaz.
Les quatre boucliers magiques de l'absurde
Sentant venir le vent du boulet, les génies derrière cette proposition ont pondu quatre mécanismes « anti-répercussion » pour nous jurer, la main sur le cœur, que le consommateur ne paiera pas un centime. Accrochez-vous, c'est de la haute voltige :
Bloquer la ligne sur la facture : La loi interdirait d'afficher la taxe sur votre facture Internet. Bah oui ! C'est bien connu, quand une entreprise voit ses coûts exploser, si elle n'a pas le droit d'écrire le nom de la taxe sur la facture, elle oublie poliment d'augmenter le prix global de l'abonnement... C'est magique.
Forcer l'arbitrage de l'ARCEP : Les opérateurs télécoms auraient un « droit légal opposable » pour refiler la note aux GAFAM. On imagine d'ici les armées d'avocats d'Amazon et de Meta trembler devant un tel texte.
Le chèque Internet : Utiliser une partie de la taxe pour créer un fonds de solidarité. On taxe la data pour tout le monde, pour ensuite redistribuer des chèques. Une usine à gaz typiquement locale.
L'art de la triple peine fiscale
À ce niveau-là, ce n'est plus de la fiscalité, c'est du grand art. Cette idée pousse le concept de la double – que dis-je, de la triple peine – à son paroxysme. Pour consommer un malheureux contenu en ligne, vous payez déjà :
La taxe sur l'électricité pour alimenter votre box et votre console.
La TVA sur votre abonnement de streaming ou votre jeu dématérialisé.
La Taxe Copie Privée sur le disque dur de votre PC, votre smartphone ou le SSD de votre console de salon, sous prétexte que vous pourriez y stocker des œuvres.
Et maintenant, il faudrait rajouter une taxe sur le tuyau pour acheminer le tout ? C'est tout simplement hallucinant.
Le "Fair Share" : Le zombie de Bruxelles de sortie à 10 mois des présidentielles
Pourquoi cette idée sort-elle du placard maintenant ? Rappel des faits : nous sommes en juillet 2026. L'élection présidentielle de 2027 a lieu dans exactement 10 mois. C'est la saison officielle des ballons d'essai politiques et des promesses qui claquent.
Pourtant, cette idée de faire payer les plateformes (le fameux débat du Fair Share) n'a rien de neuf. Les opérateurs télécoms ont harcelé la Commission Européenne pendant des années pour obtenir exactement cela. Le résultat ? Le Parlement européen et les instances de Bruxelles ont enterré le projet dans le cadre du Digital Networks Act, jugeant la mesure inapplicable, dangereuse pour la neutralité du net, et destructrice pour le pouvoir d'achat.
Mais qu'importe si l'Europe l'a mis à la poubelle, autant la recycler pour un programme électoral. Reste à savoir si les joueurs et les télétravailleurs apprécieront de voir leur consommation de gigaoctets traitée comme un produit de luxe.
L'illusion des « boucliers anti-répercussion » : L'art de l'enfumage fiscal
Sentant venir le vent du boulet, les têtes pensantes derrière cette proposition ont immédiatement dégainé quatre mécanismes censés nous garantir, la main sur le cœur, que le citoyen ne paiera pas un centime. C'est là que l'on atteint des sommets de voltige intellectuelle.
Leur idée ? Taxer au niveau du peering (les gros tuyaux d'interconnexion) pour que ce soient Netflix, Google ou Amazon qui régalent. Sauf que dans le monde réel de l'économie, ce scénario relève de la science-fiction. Nos calculs de volume de données ne tombent absolument pas à l'eau : ils restent la seule grille de lecture mathématique, et la note finale finira toujours dans votre poche.
Le coup du « bouclier facture » : La proposition veut interdire aux FAI d'afficher la taxe sur une ligne distincte de votre facture Internet. C'est d'un génie absolu. C'est l'équivalent de dire à un boulanger : « Le prix de la farine a fait un bond de 400 %, tu n'as pas le droit de l'écrire sur l'affichette, mais démerde-toi pour laisser la baguette à 1,20 € ». Les opérateurs ou les plateformes n'écriront peut-être pas "Taxe Go : 15 €" sur votre reçu, mais ils augmenteront simplement le prix global de l'abonnement de base de 5 ou 10 € pour tout le monde. L'ARCEP aura beau surveiller pendant 24 mois, on ne bloque pas les lois du marché par simple décret.
Le chantage à la qualité (L'effet Netflix) : Un flux vidéo en 4K pendant deux heures, c'est environ 14 Go, soit 1,40 € de taxe pure. Pour un foyer standard qui regarde la télé deux heures par jour, le trafic généré va coûter 42 € de taxe par mois. Quand on sait que l'abonnement Premium de Netflix tourne autour des 20 €, vous croyez vraiment que la plateforme va s'asseoir sur une perte nette de 22 € par abonné pour les beaux yeux du fisc français ? Soit l'abonnement triple, soit Netflix bride massivement la qualité en France en nous rebasculant tous de force à de la SD digne des années 2000 pour réduire sa facture fiscale.
Le télétravail pris en otage : Le texte nous jure que la taxe ne vise que la « finalité commerciale ». Sauf que pour travailler à distance, vous utilisez en permanence les serveurs cloud de Microsoft Azure ou d'Amazon Web Services (AWS). Quand vous lancerez une visioconférence Teams en HD ou que vous téléchargerez une mise à jour système indispensable mais ultra-lourde, ces géants verront leurs coûts de distribution exploser sur le territoire. Ils répercuteront immédiatement cette charge sur les abonnements cloud des entreprises françaises. Et devinez ce que font les boîtes quand leurs coûts de fonctionnement liés au distanciel explosent ? Elles coupent dans les budgets, réduisent les primes ou suppriment tout simplement les jours de télétravail.
Bilan de l'opération : Un hold-up à plusieurs milliards
Pour mesurer l'ampleur du délire, il suffit de reprendre les chiffres de l'ARCEP cités dans le communiqué : un volume de flux entrants de 50,8 térabits par seconde. Appliquer une taxe de 10 centimes par gigaoctet sur une bande passante pareille à l'échelle d'un pays entier générerait une taxation globale qui se chiffrerait en milliards d'euros par an.
Une somme tellement astronomique qu'il est économiquement impossible pour les acteurs du numérique de l'absorber gentiment.
En voulant s'attaquer aux géants du net avec des concepts fiscaux d'un autre siècle, cette proposition oublie la règle d'or d'Internet : chaque gigaoctet consommé a un coût. Et dans notre système, le dindon de la farce est immuable : c'est toujours celui qui est assis au bout du câble, qui clique sur son écran, et qui finit par payer l'addition.
* Illustrations générées par IA à l'aide de prompts. Le texte de cet article n'a pas été généré par une IA.
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