1984, c'était hier. En 2026, Souriez, vous êtes algorithmiquement suspects
Oubliez les télésécrans de 1984. Aujourd'hui, la surveillance de masse est algorithmique, privatisée en hypermarché et parfaitement marketée par l'État et avec la bénédiction des députés
Oubliez les télésécrans de 1984. Aujourd'hui, la surveillance de masse est algorithmique, privatisée en hypermarché et parfaitement marketée par l'État et avec la bénédiction des députés car Big Brother s'invite au rayon surgelés !
Sous couvert de sécurité et de "réponse immédiate", la loi RIPOST vient d'être votée à l'Assemblée, actant une extension massive et décomplexée de la surveillance. Prolongation de la vidéosurveillance algorithmique (VSA) jusqu'en 2030, exploitation des données de déplacement, et même un amendement sur-mesure pour légaliser les caméras "intelligentes" de start-up comme Veesion dans nos supermarchés. Analyse d'une dérive où la dystopie d'Orwell n'est plus une fiction, mais un vulgaire business model.
Je vais pas vous faire obliger à tout lire voici directement un lien avec une vidéo de démonstration, et après on va détailler tout ça.
Veession la star-up qui fournit des solutions clés en main ave Intelligence Artificielle
La vidéo de démo :
George Orwell manquait cruellement d'ambition. Dans son roman d'anticipation, la surveillance permanente nécessitait des armées d'agents rivés derrière des télésécrans. Aujourd'hui, l'État sous-traite la besogne à des algorithmes et à des caméras d'hypermarchés, le tout emballé dans une rhétorique sécuritaire bien huilée.
Loi RIPOST : Le Ministère de l'Amour s'étend
Adoptée hier dans un hémicycle sans grandes illusions, la bien nommée loi RIPOST est une merveille de glissement sémantique et législatif. Sous couvert de réponses immédiates, elle pérennise ce qui ne devait être qu'une "exception" :
- L'Article 19 prolonge la vidéosurveillance algorithmique jusqu'à la fin de l'année 2030. Pire, elle ne se limite plus aux grands événements (concerts, matchs), mais s'étend désormais aux abords de tout lieu ouvert au public.
- L'Article 15 acte l'extension des lecteurs automatisés de plaques d'immatriculation (LAPI).
- L'Article 15bis autorise l'exploitation algorithmique des données de déplacement par le renseignement.
La Police de la Pensée n'a plus besoin d'écouter aux portes ; elle se contente désormais d'exploiter la donnée de déplacement et d'analyser les flux en temps réel pour anticiper le "crime".
Crédit photo : Jedi Charles (visite de l'assemblée nationale)
L'Amendement Midy :
Big Brother au rayon Pâtes
C'est ici que la fiction s'écrase contre le carrelage d'un supermarché. L'amendement porté par le député Paul Midy s'est fait le chantre de la surveillance privatisée en voulant légaliser la VSA directement à l'intérieur des supermarchés.
Le Novlangue a encore frappé : on ne dit plus "surveillance de masse", on dit "caméra augmentée" au service de la sécurité de proximité. L'adoption de ces mesures est une aubaine inespérée pour des entreprises comme Veesion, l'enfant prodige de la vidéosurveillance "intelligente". Cette start-up commercialise un algorithme qui s'installe sur les caméras existantes des magasins pour repérer des gestes jugés suspects et alerter les vigiles.
Le détail cynique ? Des boîtes comme Veesion opèrent aujourd'hui dans une illégalité totale, dénoncée par des associations de défense des libertés. Dans ce grand théâtre, l'illégalité n'est plus un frein, c'est simplement une phase "bêta" avant que la loi ne vienne opportunément légitimer le marché.
Le Conseil Constitutionnel, dernier rempart avant la dystopie ?
Dans cette course frénétique à la surveillance privatisée, le législateur a peut-être péché par gourmandise. L'amendement sur les supermarchés sent le "cavalier législatif" à plein nez. En droit constitutionnel, glisser discrètement une disposition commerciale dans un texte de loi dédié à l'ordre public est un motif classique de censure. Les Sages pourraient donc retoquer ce passage, non pas par soudaine illumination éthique, mais par simple rigueur procédurale. Un comble : la protection de nos libertés individuelles au moment de faire nos courses ne tiendrait qu'à un vice de forme.

L'appel à la résistance numérique
Mais faut-il vraiment s'en remettre à la seule clémence des Sages ? La loi RIPOST nous prouve que ce qui est illégal aujourd'hui n'est qu'un marché qui attend d'être légalisé demain. Face à ce glissement assumé vers un panoptique à ciel ouvert, l'indignation ne suffit plus. Il est temps de soutenir activement les collectifs qui portent ces combats devant les tribunaux, de brouiller les pistes, de multiplier les recours et de refuser cette banalisation.
Car si nous laissons Big Brother faire ses courses avec nous en 2026, il sera trop tard pour se plaindre quand il s'invitera directement dans notre caddie.


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